fête de l'independance

 

 

Le Maroc commémore le 52e anniversaire de la Libération
Mohammed V, une vie exemplaire au service de la nation
Publié le : 18.11.2007 | 21h34


«Le Maroc sort du petit jihad pour s'engager dans le grand jihad» ! C'est en ces termes que feu S.M. Mohammed V engagea, le 18 novembre 1955, le Maroc sur la voie de la démocratie et du développement.








Dans le premier discours prononcé ce jour-là pour proclamer officiellement l'Indépendance du Maroc et tracer les orientations du futur Etat national, le Souverain avait donné le ton: le combat politique contre le protectorat pour la libération étant achevé, il fallait désormais engager celui du développement, de l'unité nationale, des institutions démocratiques et du parachèvement de notre intégrité territoriale.

Construire un Etat, l'enraciner dans les valeurs ancestrales du Royaume: l'Islam, la liberté, le progrès, la solidarité avec les peuples, la démocratie et le pluralisme. Tel était le défi lancé de prime abord à un Maroc qui sortait de quarante trois ans de protectorat, tel était aussi et surtout le défi de
Mohammed V qui, exilé par l'administration coloniale, regagnait ainsi en ce novembre 1955 un Maroc enthousiasmé et un peuple en délire.

Lorsque feu Sa Majesté Mohammed V accéda au Trône le 18 novembre 1927 – et la date sera retenue exprès pour commémorer la Libération vingt-sept ans plus tard – le Maroc vivait assoupi mais non démobilisé sous l'emprise coloniale.

Le traité de protectorat coulait ses quinze années déjà tandis que l'armée française, après avoir, trois ans plus tôt, prêté main forte aux forces espagnoles pour démanteler la guérilla de Abdelkrim Khattabi dans le Rif, poursuivait sa «conquête» au Moyen Atlas, dans le Haut Atlas, à Sidi Ifni et au Sahara. Sur fond d'une fébrile agitation urbaine et rurale, résultat d'une prise de conscience des tout premiers jeunes nationalistes marocains – on les appelait les cadres de la génération du protectorat -, le rôle et le poids de Mohammed V seront décisifs.

Aussitôt investi, le jeune Roi incarna l'espoir du Maroc. Plusieurs facteurs militaient à cette époque pour favoriser l'image d'un Roi militant, désireux d'en découdre et quels qu'en fussent les moyens avec l'occupation. Autant, on disait du sultan Moulay Hafid qu'il représentait «le court règne de la signature du protectorat» et de Moulay Youssef, celui de sa mise en place, autant le règne de Mohammed Ben Youssef semblait, essentiellement chez les tenants du colonialisme, consacrer le protectorat. D'aucuns s'étaient convaincus que sa jeunesse, son urbanité, son éducation, sa courtoisie traduisaient à leurs yeux une certaine docilité plutôt qu'un motif d'inquiétude. Rien cependant ne fut moins sûr.

Le jeune Roi, non seulement ne sera pas docile mais se fera un point d'honneur de ramener les choses à leur point de départ: l'indépendance. Dès lors, c'est toute l'histoire de l'occupation qui basculera par la suite. Le ressort de cette extraordinaire épopée se noua autour d'une prise de conscience aiguë des problèmes du Maroc que le jeune Souverain entendait libérer et émanciper, de la parfaite symbiose qui unit le peuple et son Roi.

Car, malgré sa jeunesse, peut-être même son inexpérience politique, Mohammed V était conscient des enjeux de l'occupation, il prêtait une oreille attentive à ce qui se tramait et se déroulait autour de lui, mesurait aussi le poids de réalités sociales de son peuple dont il était à l'écoute. Roi du Maroc, certes, mais aussi chef spirituel de la communauté musulmane et de ce fait appelé à contester et à remettre en cause l'occupation d'une terre d'islam par une puissance coloniale et chrétienne. Et de ce fait encore devenu premier résistant puisqu'il était assigné au sein du Palais royal que les forces étrangères transformaient au mieux en résidence surveillé, au pire en forteresse assiégée.

Les échos des manifestations et des soulèvements populaires dans la rue parvenaient au Palais jusqu'au Roi qui en était d'autant plus informé qu'il avait déjà sa petite idée sur le processus engagé. Or, la tâche n'était pas aisée, elle était même comme dira plus tard Moulay Ahmed Alaoui «immense, écrasante, insurmontable même tant il était dépourvu de moyens et paraissait isolé». A ses yeux, la mission du protectorat portait en elle ses limites propres, il fallait «jouer» comme sur un fil du rasoir, sur un espace étroit, mettant à profit le fait que les institutions monarchiques et la souveraineté nationale n'étaient pas entamées par le traité du protectorat.

Il fallait surtout, arguments juridiques à l'appui et engagement personnel aidant, éviter que ce protectorat ne se transformât en simple colonie…De Gaulle dira en 1945 à propos du Maroc et feu Mohammed V que «la souveraineté dans l'empire du Maroc se confond avec son Souverain» !
La formule n'est pas une clause de style.

Elle traduit une réalité historique, d'autant plus ancrée dans la conscience du peuple marocain que sa relation avec le Roi, son Roi relevait d'une force insondable. Et pour le Roi, l'unité, la souveraineté, l'intégrité territoriale prenaient leur place dans la grille des priorités non comme de simples concepts, ou de règles mais la raison d'être fondamentale. On verra plus tard, les résidents généraux de France qui s'étaient succédé, verront aussi à leurs dépens que de ces priorités Mohammed V fera le viatique de son combat, le vecteur de la mobilisation patriotique, une méthodologie insoupçonnable, redoutable même.

Il l'opposera au protectorat, parce que face à celui-ci, il incarnait le Maroc, il était le Maroc face à la France. Il était le Maroc dans ses soubassements et ses bruissements, dans ses grondements profonds et indicibles qui partaient des villes comme Fès, Salé, Rabat, Marrakech, Oujda et Casablanca. Son opposition, construite de manière directe sur la base de ce que son écoute non moins directe lui offrait sur les événements, commençait par son refus à cautionner les entreprises perverses d'une colonisation non affirmée mais que d'aucuns, dans le sérail de la résidence à Rabat et du lobbying à Paris, entendait mettre en œuvre de manière insidieuse. Du refus d'obtempérer, il fit une arme psychologique redoutable, il ramena surtout les responsables du protectorat sur leur propre terrain.

A la promulgation en 1930 du Dahir berbère dont l'objectif ultime était de séparer entre populations berbères des montagnes et arabes des villes, de rompre ainsi l'unité indissoluble du peuple marocain, Mohammed V opposa une catégorique fin de non recevoir, mieux, il le combattit et le protectorat fut obligé de revenir sur son texte.

De même, en 1940, alors que le régime nazi d'Adolf Hitler prenait ses aises pour occuper «manu militari» la France et imposa «l'armistice» au régime fantoche de Vichy, et que celui-ci crut imposer au Maroc même la loi scélérate d'exclusion envers les Juifs, Mohammed V dénonça la loi en question et prit la défense de la communauté juive marocaine face aux autorités françaises, affirmant même qu'il ne tolérerait pas qu'on bafoue les droits de «ses sujets marocains juifs». Le régime de Vichy, là aussi, s'inclina…Une intransigeance à toute épreuve, un caractère de justicier et une irréductible volonté à préserver – quel qu'en fût le prix – l'unité et la souveraineté nationales.

Le 20 mai 1934, Mohammed V entamait une visite à Fès sous les applaudissements et les acclamations d'une population devenue hystérique, notamment dans la tournée qu'il entreprit aux saints de la ville spirituelle que les forces du protectorat voulaient encadrer. Avant d'arriver à la mosquée Al-Qaraouiyine pour accomplir la prière, des accrochages eurent lieu entre forces de l'ordre et populations venues acclamer leur Roi qui, ahuri par le comportement des autorités coloniales, proclama que «jamais Souverain marocain n'aurait à craindre et à être protégé dans une ville comme Fès par une armée étrangère».

Il quitta la ville en guise de protestation. Sur un plan purement institutionnel, feu
S.M. Mohammed V rejeta le texte que le gouvernement Tardieu proposa en 1935 et qui étendait la compétence du nouveau ministère d'Outre mer créé au Maroc, ce qui violait le traité de Fès lui-même, car le Maroc ne relevait que du ministère des Affaires étrangères et ne pouvait être assimilé à une vision coloniale à l'instar de l'Algérie, des territoires du pacifique ou autres…La protestation royale était d'autant plus justifiée que Mohammed V opposait le droit contre le texte du protectorat.

Une fois la Seconde Guerre mondiale finie, la paix revenue, la Libération de la France mieux assise, le gouvernement français mit en œuvre la Constitution de la IVe République avec, à la clé, la création de l'Union française qui incluait les territoires coloniaux, en Afrique, en Indochine, au Maghreb et ailleurs.
Un paragraphe significatif était consacré aux Etats associés, dans lequel le Maroc était inséré délibérément, ce que Mohammed V contesta au nom de la souveraineté nationale voire de la personnalité spécifique du Maroc.

Si l'on ajoute à cette vision intransigeante, opposée à tout compromis aléatoire, concrétisée aussi par la fameuse «grève du sceau» (refus de mettre le sceau royal sur des textes contestés et illégitimes), on comprend qu'il s'agit là non pas d'un Roi docile – mirage qui nourrissait les fantasmes de généraux et de résidents – mais d'un leader à l'ascendance politique certaine, un chef de file du mouvement nationaliste, un penseur politique qui alliait à coup sûr intelligence, volonté irréductible et farouche, méthode et sagesse. Les généraux Guillaume et consorts en auront pour leur grade…Cette même intransigeance fut à l'œuvre chez lui, bien plus tard, face à la double occupation du Royaume, traduite par une ligne de démarcation arbitraire du territoire, deux présences, l'une française et l'autre espagnole dont le Maroc se démettra difficilement.

En 1940, après l'occupation par l'Allemagne nazie de la France, l'Espagne de Franco – ne dissimulant guère ses appétits d'empire - ne trouva pas mieux que d'occuper la ville de Tanger. Aussitôt, le Roi du Maroc éleva la plus vive protestation au nom de la souveraineté et, toujours, au nom du même principe irréfragable de l'intégrité territoriale.

Dans la même ville d'ailleurs, le 9 novembre 1947, il posa pour la première fois ouvertement le problème de la libération et de l'indépendance du Maroc dans le célèbre et retentissant discours qu'il prononça du haut de la Mandoubia et dont les échos parvinrent jusqu'aux chancelleries étrangères, notamment aux Etats-Unis. Il renforça aussi la ligne directrice, ouverte sur le front de la revendication proclamée, par le Manifeste de l'Indépendance signé par un collectif national le 11 janvier 1944 et auquel, sans détour et quitte à susciter la colère des dirigeants du protectorat, il apporta son soutien total. Mohammed V devenait, disons redevenait le Roi incontestable, le leader et le guide d'un mouvement nationaliste dont le cahier de doléances connut l'application décisive.

Que les autorités du protectorat fussent interpellées, voire «choquées» par la teneur d'un tel mouvement et surtout par celle du discours de Tanger à dimension politique sans précédent, qu'elles eurent vu dans son message un point central et incontournable, celui d'une revendication claire et nette de l'indépendance du Maroc, contribua largement à leur obscur dessein d'isoler le Roi, de combattre son influence et, en août 1953, à fomenter le sinistre complot contre lui et sa famille avant de le forcer à l'exil. Entre-temps, des événements graves se sont produits dont celui du fameux «duel» qui opposa en 1951 le sultan et le résident général Juin, ce dernier ayant été ensuite rappelé définitivement en France.

Le problème de «la grève du sceau» sur fond de revendication d'indépendance réaffirmée, envenima les rapports entre la résidence et le Palais Royal, Mohammed V refusant catégoriquement d'apposer sa signature sur les dahirs préparés par l'administration française, notamment sur la constitution d'un gouvernement franco-marocain (6 ministres français et 6 ministres marocains), destiné surtout à tempérer les ardeurs indépendantistes du Souverain.

Le 25 février 1951, en prélude au duel et à sa politique musclée, la résidence ordonna à ses forces d'encercler le Palais Royal pour contraindre Mohammed V à coopérer au projet funeste du général Juin, partisan de la co-souveraineté. Comme si, en effet, MohammedV allait se prêter à la mascarade de partager sa souveraineté avec un Vincent Auriol …C'est la fameuse sortie: «la souveraineté ne se partage pas» ! Décembre 1952 fut également un moment de conflit ouvert entre Mohammed V et le nouveau résident général, Guillaume, qui avait remplacé Juin.

L'assassinat du syndicaliste tunisien Farhat Hachad avait provoqué la colère des peuples du Maghreb, et celui du Maroc, pas moins que le tunisien ou l'algérien, avait défié les autorités qui répondirent par une répression aveugle et violente. Le Souverain dénonça ouvertement cette répression et se heurta à l'arrogance totalitaire du général Guillaume, qui préparait ainsi en catimini avec les chefs de tribus féodaux, El Glaoui en tête, la déposition du Roi .Ce furent les préparatifs du coup de force d'août 1953, exilant le Roi et sa famille en Corse d'abord, ensuite à Antsirabé (Madagascar), mais contribuant par la même bêtise à forger la conscience nationaliste du peuple marocain, à souder ses liens avec son Roi, à renforcer davantage la symbiose entre l'un et l'autre.

Le Roi Mohammed V, sacrifia sa propre vie et celle de sa famille pour épargner au peuple marocain les endurances et les souffrances, il se résolut à accepter l'exil dans des conditions inhumaines, pour éviter que son peuple, sous les Fourches caudines d'un Guillaume et de son policier Boniface, ne subisse les affres de la pire répression coloniale.

Jamais Mohammed V n'aura été le Roi docile ni le «Roi potiche» que des esprits malveillants, fascinés par l'emprise coloniale, croyaient l'imaginer. Il a défait le protectorat, il a libéré le Maroc, il a mis en place les bases de la démocratie, à l'image de ce qu'il a donné à ses enfants, il a émancipé le peuple marocain, mis le Maroc sur les rails d'un régime de liberté et de tolérance, léguant un précieux héritage à son fils, feu Sa Majesté Hassan II, lequel à continué l'œuvre grandiose d'unification et d'édification, laissant aussi un chantier ouvert d'espoir et de projets à son auguste fils Sa Majesté Mohammed VI, modernisateur du Maroc, créateur d'un Maroc de réformes radicales, bâtisseur d'une nation moderne et solidaire.



 

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